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Quel avenir pour Marine le Pen : commentaires sur l’élection présidentielle (2)

Election à suspense, du début à la fin. Jusqu’au bout, tous les pronostics ont été déjoués, y compris l’ampleur de l’écart entre Emmanuel Macron et Marine le Pen au second tour. Si la victoire du candidat d’En Marche semblait quasi inéluctable, peu s’attendaient à un tel écart qui pourrait marquer un coup d’arrêt pour les populismes en Europe.

Une sévère défaite pour le populisme et Marine le Pen

Contrairement à une légende tenace, entretenue par des éditorialistes souhaitant se distinguer par des propos faisant preuve d’originalité plutôt que d’intelligence ou de pertinence, le débat d’entre-deux-tours est bien souvent décisif pour l’élection. Ainsi, en 2007, l’impossibilité pour Ségolène Royal de se crédibiliser scelle son destin et surtout entérine le scénario d’une défaite sèche dont elle ne se remettra jamais.  En 2012, alors que l’on assiste un resserrement des courbes entre Sarkozy et Hollande,  ce resserrement est stoppé in extremis par un débat où François Hollande, bien que peu brillant, parvient à neutraliser Sarkozy alors en pleine remontée.

En cette année 2017, c’est bien la posture ahurissante de Marine le Pen pendant le débat qui permet au candidat d’En Marche de remporter une victoire historique avec plus de 65 % des voix, déjouant ainsi de nombreux pronostics. C’est donc bien une défaite pour Marine le Pen qui pouvait s’attendre, après une excellente campagne de premier tour, à franchir le cap a minima des 35 % au second tour. Il n’en sera rien, la faute à une campagne d’entre-deux-tours absolument désastreuse, teintée d’excès de confiance, d’amateurisme dans une opposition frontale et mensongère, et de négation totale de ce que constitue le Front national de par son héritage, son histoire, mais aussi les très nombreux militants sulfureux qui gravitent autour.

La première semaine fut en apparence réussie pour Marine Le Pen, malgré de nombreux faits passés sous silence : l’épisode Whirlpool a au moins permis à Marine le Pen d’initier un resserrement des courbes qui ne pouvait que se prolonger durant la 2ème semaine. Dans la suite logique, il y aurait eu un débat décisif qui aurait normalement dû permettre à la candidate du FN, selon la dynamique, de réaliser un score compris entre 42 % et 44 % le jour du second tour. Mais un tel résultat aurait supposé un débat réussi de sa part. Or, sa posture incroyablement agressive, son refus de débattre sur le fond a immédiatement été interprété par les français comme une absence de carrure présidentielle, mais aussi une absence de programme concret, et c’est donc tout l’échafaud conçu à la fois par François Fillon et Marine Le Pen, destiné à peindre Emmanuel Macron comme un homme impulsif dépourvu de programme, qui s’est effondré de manière tout à fait spectaculaire. Ce concours de circonstances inattendu permit ainsi de débloquer de nombreux abstentionnistes en faveur d’Emmanuel Macron, et de faire passer ce dernier de 56 % à 66 % en quelques jours (alors que la proportion de votes blancs et nuls déclina à 11,5% contrairement aux 13-15% attendus). Cette dynamique, visible dans les tous derniers sondages avant le blackout, n’a fait que se prolonger durant le week-end. La facture aurait d’ailleurs pu être beaucoup plus salée pour Marine le Pen, si les “Insoumis” de Jean-Luc Mélenchon ne s’étaient pas livrés à une posture aussi désastreuse, prônant à tout va l’abstention ou le vote blanc, en prétendant que in fine Marine le Pen était aussi pire Emmanuel Macron.

La “ligne Philippot”, immédiatement ciblée

Dimanche soir, les couteaux étant déjà sortis, il a immédiatement été reproché à Marine le Pen ce qu’on appelle “la ligne Philippot”. Pourtant, il est loin d’être sûr que ce soit cette ligne qui ait fait perdre Marine le Pen, bien au contraire puisqu’elle a grandement contribuée à diversifier son électorat. En réalité, la défaite de Marine le Pen est avant tout due un problème de forme et les personnes qui lui ont conseillé la posture qu’elle adopta pendant le débat ont beaucoup de soucis à se faire.

Malgré tout le Front national reste piégé par sa ligne anti-européenne et anti-Euro et il devra probablement la corriger s’il veut un jour arriver au pouvoir. En effet, même si cette ligne permet de justifier un programme “social” particulièrement généreux, elle n’en reste pas moins périlleuse voire démagogique aux yeux de nombreux français, pour le coup bien inspirés. Mais un renouveau de Le Pen passe également par une liquidation pure et simple des cercles qui gravitent autour du Front National et qui l’alimentent en faits divers tout aussi encombrants les uns que les autres, qu’il concerne des militants ou des élus. Car oui, Jean-François Jalkh et consorts ont bel et bien montré au plus mauvais moment, que le Front national restait un parti d’extrême droite, et que ce message quoi qu’on en dise a été reçu cinq sur cinq, notamment par les personnes âgées.

Diversifier le message et le rendre plus pragmatique

Sur le fond, le Front national reste un parti qui porte un message intéressant, mais il doit le rééquilibrer, se montrer plus pragmatique et moins dogmatique. Ainsi, l’ancienne thématique farouchement anti-européenne doit laisser la place à un vrai désir de négociations. Concernant l’immigration, il serait davantage pertinent de prôner avant tout des quotas européens, ou à défaut des convergences transfrontalières avec des intérêts similaires entre nations indépendantes sur ce plan. Le Front national, doit également se diversifier en s’appropriant encore davantage des thématiques comme l’artisanat (contre l’uberisation et les grandes surfaces), l’agriculture, les services publics dont l’éducation, afin de recentrer légèrement le parti et lui donner la capacité de réunir en son sein des éléments de la droite républicaine. Cette transformation doit se faire sans trop de démagogie, notamment sur la question du financement du programme. Enfin, il est fort probable que le parti qui succédera au Front national, devra faire d’importantes concessions à la realpolitik, et porter aux plus hautes fonctions des anciens cadres de la droite républicaine.

Pour autant, le Front National ne doit pas abandonner des thématiques comme la sécurité ou la question de l’Islam, mais il devra se placer dans la posture d’une opposition constructive, et non systématique, d’autant plus que le quinquennat de Macron devrait se caractériser par une politique très mondialiste et efficiente -quoique non dépourvue de dangers pour notre pays-, dont il conviendra pour Marine le Pen et son entourage de contester avec intelligence, dans une logique de propositions constructives, quitte parfois à se montrer paternaliste envers la “naïveté” de la démarche de Macron.

Plus généralement, la droite devra se placer dans la perspective d’un échec du mandat du nouveau président qui serait cantonné à certaines questions, sans pour autant donner l’impression de ne rien avoir fait pour l’empêcher. Comme nous l’avons vu : parier sur les insuffisances déjà manifestes du programme de Macron sur des thèmes comme l’éducation, l’innovation, les services publics et l’artisanat, tout en anticipant des succès probables en terme d’économie, d’investissements privés et de politique européenne.

Récupérer les déçus de Macron

Anticiper les succès de Macron, c’est aussi se donner les moyens de développer une plateforme de propositions qui consolide ces succès (inachevés), et ne se contente que de les orienter vers une direction plus favorable à l’idéologie de la droite souverainiste et conservatrice. Par exemple, si la construction européenne devait connaître un élan spectaculaire dans les cinq prochaines années, il serait sans doute beaucoup plus pertinent de pointer les risques et de chercher à orienter l’Europe vers un chemin jugé plus raisonnable que de vouloir tout déconstruire. A cet effet, la mise en avant d’une “civilisation européenne” pourra être d’un grand secours si le concept trouve écho dans d’autres pays attachés une identité européenne et son socle de valeurs, pouvant être remis en question dans les prochaines décennies, que ce soit par des phénomènes migratoires inévitables ou bien par la conversion définitive de l’Europe entière au corpus idéologique européen “moderne” dont le centre de gravité oscille entre le Benelux et les pays scandinaves, selon que l’on s’intéresse à l’économie, l’intégration ou l’éducation.

C’est donc un grand chantier qui attend le Front National. Les divisions internes et une possible mauvaise lecture des ressorts de la sévère défaite du second tour compromettent grandement la construction d’un mouvement de droite souverainiste et conservatrice en capacité de conquérir le pouvoir. Un tel manquement pourrait coûter à la France, tant le mandat de Macron s’annonce sans ambiguïtés, avec un volontarisme enfin présent au sommet du pouvoir dans notre pays, mais dont l’action se fera sans filets pour notre pays. Si chute il devait y avoir, le matelas idéal serait bel et bien celui d’un conservatisme raisonnable, s’attachant non-pas à déconstruire une politique mondialiste, progressiste et de renouvellement sans doute souhaitée par les français (avec des divergences de degrés, dans des domaines comme l’économie), mais plutôt à corriger et à “approfondir” l’héritage de la politique qui sera menée afin de placer la France et ses valeurs dans la meilleure situation pour qu’elles puissent continuer à rayonner dans le monde.

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