Macron le Pen analyse

Macron, Le Pen : commentaires sur l’élection présidentielle (1)

“Vous êtes la France éternelle, merci, merci à vous”. C’est sur ces mots qu’il y a bientôt cinq ans, Nicolas Sarkozy tirait sa révérence dans un discours d’une rare qualité, après une campagne de piètre qualité. Cinq années plus tard, avec Fillon, le destin se répète pour la droite, avec encore plus de dureté puisqu’elle doit subir l’humiliation d’une élimination au premier tour, qui était pourtant logique.  Ce sera Macron et Le Pen.

Ce qui marque immédiatement l’attention dans cette élection, c’est le fait que nous soyons dans une situation politique où on a l’impression qu’elle a peu évolué, mais si on prend un peu de recul, on est immédiatement pris de vertiges. Avant de commenter ces évolutions de fond, intéressons nous aux candidats.

Le bilan pour chaque candidat à l’élection

Emmanuel Macron a mené une campagne d’une grande qualité. Il a réussi là où Bayrou a échoué : gérer les temps morts, avec des baisses dans les sondages, bénéficier du vote utile (dans une certaine mesure), obtenir des ralliements décisifs. Dans son parcours presque sans fautes, il a incontestablement bénéficié de la bienveillance d’une partie des socialistes, mais aussi d’une droite décomposée et un centre affaibli, qui faute de leadership incontesté, a gagné une indépendance idéologique qui a logiquement fait basculer cet électorat (env. 15% de la population) vers le candidat d’En Marche.

Pourtant, rien n’était acquis. Et au début du mois d’Avril, les choses ont semblé s’effriter. Le véritable tir de barrage venu de Fillon, à coup d’intox, de fausses rumeurs et de robots sur les réseaux sociaux commençait à fonctionner. Roland Cayrol déclarait alors sur BFMTV que Macron était “tombé dans le piège du programme, là où les autres ne proposent finalement pas grand chose” et de conseiller à l’ancien protégé de Hollande de se concentrer sur quelques idées fortes, citant “l’Europe et le renouvellement”.Coïncidence ou pas, c’est exactement ce que fit Macron. Osé lorsque l’on sait que l’Europe est tant impopulaire dans notre pays. Comme quoi, pas tant que ça. Et pour l‘aider dans sa tâche, Macron a bénéficié d’alliés de circonstances, nous y reviendrons.

Marine le Pen : quelle campagne ! Bien sûr, ce n’est pas le scénario rêvé avec cette deuxième place. Mais sa cure de silence médiatique, peu comprise, avait un sens : jouer l’apaisement, dans l’hypothèse d’un second tour entre la droite et elle. Bien qu’elle sous-estime terriblement le poids de l’héritage du père (cf. les propos sur le Vel d’Hiv), elle a su donner une cure de jouvence à son mouvement, avec l’aide du très talentueux Florian Philippot. Avec l’arrivée de cadres très diplômés séduits par le discours de l’énarque, le Front National a beaucoup changé en surface, et un peu à l’intérieur où les franges les plus radicales militent désormais à l’extérieur, comme dans la “nouvelle opinion publique”. Certaines de ces franges ont même soutenu Fillon, illustrant aussi les divisions internes de plus en plus marquées au sein de la galaxie frontiste.

La rivalité, parfois surjouée entre Florian Philippot et Marion-Maréchal Le Pen, ne devrait pas menacer le Front National dans l’immédiat. Marine le Pen peut continuer son chemin, qui l’amène aujourd’hui à troubler les esprits à gauche, et à manipuler avec intelligence de nombreux électeurs potentiels de Macron, en exacerbant les différences entre eux et le candidat d’En Marche, et les instrumentaliser pour les rendre incompatibles avec un vote centriste. Idéale diversion pour faire taire le programme et l’héritage. Le Pen peut également compter sur un Macron pouvant parfois se montrer maladroit. Elle peut enfin remercier la médiocrité d’autres concurrents.

François Fillon. Caliméro. Le symbole même de la stupidité d’un électorat pensant l’élection acquise. Il y a tant à dire.

Première erreur impardonnable de la Droite, avoir substitué un candidat ultra favori, jugé trop modéré, par un candidat avec un socle fragile. Attardons-nous quelques instants là dessus. Historiquement, depuis 2007, Fillon n’est jamais parvenu à avoir un socle solide dans les sondages, régulièrement pointé sous les 20%, y compris quand il fut un premier ministre relativement populaire. Un indice qui aurait, à lui seul, dû indiquer que Fillon n’avait pas la stature présidentielle. Et encore plus si on se remémore le bazar créé par Fillon lors du Congrès de l’UMP de 2012, et sur « l »affaire Jouyet » où Fillon est soupçonné d’avoir demandé au secrétaire général de l’Elysée de Hollande d’accélérer les poursuites contre Sarkozy.

Deuxième erreur, d’avoir cru que la substitution de Juppé par Fillon allait de toute façon contenter le centre, qui n’aurait d’autre choix que de s’engager derrière le vainqueur de la primaire. Les Républicains ont manifestement mal analysé les causes du très grand succès de l’UDI depuis 2012. Depuis la précédente campagne présidentielle, une grande partie de l’aile gauche de l’UMP a quitté le navire, et a retrouvé sa liberté. La contribution notable de Fillon pendant cette campagne, d’ailleurs, fut d’élargir cette fuite à des électeurs de Nicolas Sarkozy.

Troisième erreur, avoir attaqué Juppé pendant les primaires, alors que celui-ci semblait s’apprêter à dégonfler la baudruche Fillon. Cette tribune, qui stoppa net les espoirs de Juppé de renverser la tendance, scella le sort de la droite.

Il était en effet totalement illusoire de penser qu’après la révélation des affaires, Sarkozy allait accepter un retour de Juppé. Et ce, même si un tel retour aurait été très probablement été couronné de succès. L’intérêt du pays, oui, mais pas au détriment des siens. “Quel gâchis !” disait Juppé. Et il a raison. Car en maintenant coûte que coûte Fillon, la droite a rendu relativement inefficaces les attaques contre Macron, brouillées par les affaires.

Jean-Luc Mélenchon, pendant ce temps, fait encore une fois la meilleure campagne. Un exploit déjà réalisé en 2012, avec des effets certes moins spectaculaires à l’époque.

Le choix d’environ 15% des électeurs de François Bayrou de voter pour le candidat de la France Insoumise -et j’en connais beaucoup- est révélateur de la mutation profonde observée par l’ancien sénateur socialiste. Un discours plus conservateur, moins mondialiste, qui a réussi à détruire une fatalité qu’on pensait inéluctable : la primauté du Front National chez les jeunes. Ils sont loin ceux qui ironisaient sur le côté conservateur de Mélenchon, qui assumait volontiers son héritage chrétien à La Croix. Virage conservateur, hologrammes, chaîne Youtube, le tribun Mélenchon a compris mieux que tout le monde la jeunesse.

Malheureusement, ce fut trop juste. Et pour une raison finalement logique : il avait l’électorat le moins mobilisé, et le plus exigeant. Nombreux par exemple ont été les militants d’extrême gauche à ne pas voter pour Mélenchon parce qu’il affichait des drapeaux français dans ses meetings. Une erreur de jugement absolument épouvantable pour une gauche radicale qui, dans un contexte extraordinaire (dont a profité Macron), n’a pas su faire preuve du pragmatisme suffisant pour porter ses idées au pouvoir, alors qu’elles n’ont jamais été aussi minoritaires dans le pays. Lorsque fut portée à Mélenchon l’estocade venue des socialistes, il était trop tard.

Benoît Hamon eut  en effet une contribution décisive dans cette élection, encore peu connue. Attaqué de toutes parts, Mélenchon arrivait à lutter. Mais Hamon mit en avant le côté anti-européen du programme de la France Insoumise. Retour au bercail d’une partie des frondeurs. Une fuite prévisible d’une partie de l‘électorat socialiste vers un vote utile, mais la base reste. 6.5%. Le PS est sauvé, pour un temps. Et les rêves de Mélenchon brisés.

Mélenchon aurait-il pu nettement franchir les 20% ? Très peu probable, il était au bout du bout du maximum de son potentiel électoral. Mais il aurait pu dépasser Fillon, ce qui aurait été la cerise sur le gâteau.

Quoi qu’il en soit, le faible score de Benoît Hamon, c’est aussi la mise en minorité, à gauche, de la sensibilité à la fois mondialiste, mais aussi écologiste et socialiste.

Nicolas Dupont-Aignan a lui aussi réalisé une excellente campagne. Jouant à fond sa partition favorite, celle du “bon sens” avec son ton à la fois professoral et moralisateur, il a fait son nid. Je reste toutefois persuadé que ça n’a pas été au détriment de Fillon, car nombreux ont été ses électeurs potentiels à voter pour Filon, par réflexe du vote utile. D’ailleurs, l’intéressé lui-même se vantait chez Bourdin d’avoir un « potentiel de 15% dans les sondages ». L’électorat de Debout la France, c’est plutôt un complément de celui du FN. La France éduquée qui souffre, en somme. Ils sont encore peu à en avoir conscience, mais nouveau centre de gravité de la Droite, Nicolas Dupont-Aignan est désormais incontournable.

Jean Lassale, qui a réussi l’exploit de rassembler les centristes qui avaient toujours selon eux une excellente raison de ne pas voter pour Macron. Peu importe ses positions très conservatrices et eurosceptiques. Soyons beau joueur, il nous rappelle Jean Saint-Josse et ses 4% en 2002. La France rurale a eu son candidat, sans doute trop caricatural pour challenger Le Pen.

Philippe Poutou, combatif, parfois hautain et roublard avec les médias. Il a eu le gros mérite de replacer les affaires au centre du débat, et il en a profité tout comme Mélenchon. Mais son côté trop décalé ne semble pas convaincre, malgré une certaine sympathie des français à son égard. Besancenot, avec la même sympathie, réussissait à capter bien plus de suffrages.

François Asselineau, un quasi sans faute jusqu’à son moment de folie face à Galzi. Quel dommage, car sans cela, il aurait pu dénoncer la médiocrité d’un débat où beaucoup de téléspectateurs n’avaient rien trouvé de mieux à faire que d’ironiser sur sa maîtrise des dossiers, et son côté très académique. Malgré tout, il a également fait quelques autres fautes, comme ce moment chez Bourdin où il sèche sur de nombreux articles de la constitution. Ses militants particulièrement investis ont de quoi être déçus, leur énorme travail de terrain méritait mieux que 0.9% des suffrages.

Nathalie Arthaud, et son discours si caricatural, elle a pourtant a tout tenté pour approcher les scores d’Arlette Laguiller, sans succès. Son discours très proche des thèses anti-occident n’ont rien pu faire contre le vote utile à gauche.

Jacques Cheminade, victime d’un traitement médiatique inacceptable il y a cinq ans ne pourra pas se plaindre cette fois-ci. Mais des spots télévisés bien réussis techniquement n’ont pu compenser son côté trop exotique. Difficile alors, de percer lors de la campagne officielle.

Et voilà pour chaque candidat. il y aura évidemment bien d’autres enseignements à tirer.

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