La dépense sociale en France, une gestion passéiste et inefficace

La France est le pays de l’OCDE qui dépense le plus pour sa protection sociale par rapport à son pib, avec 31.5% chaque année, ce qui représente un peu moins de 1000€/mois pour chaque français.

Dans ce budget considérable, notre pays consacre 50% de ses moyens pour les retraités, alors qu’ils ne représentent que 20% de la population. Il s’agit notamment du risque “vieillesse-survie” qui occupe 45.4% des dépenses sociales en 2014.

Les 80% restants de la population, ceux qui ne sont pas retraités, doivent se partager seulement l’autre moitié du gâteau, pour financer les autres dépenses sociales à savoir :

  • Maladie Invalidité
  • Accidents du travail – Maladies professionnelles
  • Famille
  • Insertion et réinsertion professionnelle
  • Chômage
  • Logement
  • Pauvreté – exclusion sociale

A titre d’exemple, 61% du poste “Pauvreté – exclusion sociale” est consacré au financement du RSA.

Un système social à l’efficacité contrastée

En se rappelant que notre pays a le système de protection sociale le plus coûteux au monde, les résultats qu’il affiche sont plus que contrastés. Entre 2007 et 2014, la part de prestations sociales dans le revenu des français est passée de 30.6% à 34.9%, un record pour le pays et la zone euro analyse François Lenglet dans son dernier ouvrage “Tant pis ! Nos enfants paieront.”

Pourtant, la France certes bien classée, est tout même loin de la meilleure place en terme d’inégalités et la situation est encore pire pour le coefficient de Gini (indicateur d’inégalités) où elle se situe carrément au milieu du peloton.

Ce qui est frappant, c’est que lorsque l’on fait des comparaisons, on constate que la France est le seul pays de l’OCDE avec à la fois d’importantes inégalités, un système social coûteux et un revenu médian dans la moyenne, et ce malgré une hausse très marquée des prestations.

Non seulement donc, le système social est défaillant sur les inégalités (alors que c’est un sujet qui occupe les esprits depuis des années), mais il faut bien garder à l’esprit le fait qu’il reste avant tout inadapté à notre société, ce qui explique sa relative inefficience. Ainsi :

  • Notre pays ne s’est toujours pas adapté à la révolution qu’a connu nos familles depuis les années 60. La part d’enfants vivant avec un seul parent est passée de 6% en 1960 à 23% aujourd’hui, une situation qui persiste comme étant la principale cause de l’échec scolaire dans notre pays (http://cache.media.education.gouv.fr/file/82/31/6/DEPP_EetF_2012_82_Familles_monoparentales_237316.pdf ). Une grande cause sans doute : la France n’est que la 9ème dépensière en terme de prestations familiales en Europe alors qu’elle fait face à une natalité importante et une concentration des naissances dans des zones touchées par de fortes difficultés sociales.
  • Nous n’avons toujours pas corrigé le déficit de qualification de la génération X, source de chômage et d’exclusion sociale (voir https://twitter.com/maxcruzel/status/902611960348463107 )
  • L’hétérogénéisation de plus en plus développée du tissu économique de notre territoire. Si l’on considère les zones ayant enregistré des créations nettes d’emplois entre décembre 2008 et décembre 2012, il apparaît que 57% de ces créations ont eu lieu dans les aires urbaines de Toulouse, Bordeaux, Nantes et Montpellier, selon une étude du cabinet de conseil Roland Berger). Cette même étude souligne qu’à Nantes, 55% de la création d’emploi se fait dans 13/700 secteurs, ce qui nous rappelle -une fois n’est pas coutume- le besoin impérieux de mettre en place des dispositifs de formation, notamment chez les personnes n’en n’ayant pas bénéficié. Malgré ces faits, aucune réflexion sur la mobilité de la population active n’a réellement eu lieu dans notre pays.
  • Enfin, selon le géographe Laurent Davezies, près de 20 % des Français se concentrent dans des zones d’emploi très vulnérables. L’immensité de nos territoires devrait en théorie pousser pour une réflexion au sujet des aides à la mobilité dans un contexte où le prix du logement et des transports (ainsi que du permis de conduire) est élevée.

La France fait donc pâle figure, et encore plus si on considère la dégradation des services publics faute d’investissement. Ainsi, à titre d’exemple, et contrairement un mythe tenace, la France n’est pas très dépensière en terme d’éducation.

De grands déséquilibres chez les bénéficiaires du système social

Si notre système social est si peu efficient, c’est qu’il se caractérise également comme nous l’avons vu précédemment par une forte disparité entre les bénéficiaires, notamment avec les retraités qui récupèrent une part de dépenses sociales nettement plus importante que bien d’autres pays de l’ OCDE, et non des moindres.

Pourtant, les retraités français sont incontestablement les plus privilégiés d’Europe si on considère plusieurs indicateurs. La part de faibles revenus chez les retraités est relativement faible, avec seulement 25% d’entre eux touchant moins de 1200€/mois. Le taux de pauvreté des retraités en France est ainsi l’un des plus faibles de l’ OCDE, il en est de même dans le ratio avec la population totale.

Le montant brut moyen des pensions se situe autour de 1500€/mois, et en intégrant le patrimoine, 50 % des retraités ont un niveau de vie supérieur à 1720€/mois. Et pour cause, 50% des retraités ont un patrimoine supérieur à 174 000€. Cette situation fait que la France est, avec le Luxembourg, le seul pays de l’OCDE où les retraités ont un niveau de vie supérieur à l’ensemble de la population.

On pourrait malgré tout se réjouir de cette situation, où nous français pourrions être fiers de bien traiter nos retraités contrairement aux autres pays du monde. Cependant, ce traitement exceptionnel des baby-boomers se fait avant tout aux dépens des générations suivantes.

Ainsi, le système de retraite mise en place défavorise totalement les autres générations que ce soit au niveau des dépenses sociales très faibles pour les actifs, comme nous l’avons vu précédemment, autant que pour la pérennité d’un système de retraite qui devrait considérablement éprouver les générations qui ont suivi celle des baby-boomers.

Ces futures inégalités sont surtout le fruit d’un hold-up qui réside en partie certes sur les prestations fournies aux personnes âgées, sujet évoqué auparavant, mais aussi et surtout sur la durée de cotisation, extrêmement faible en France par rapport aux autres pays de l’ OCDE. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, il y a un différentiel moyen de 5 ans entre le nombre d’années à la retraite dans l’ OCDE et en France. De manière intéressante, on constatera que le différentiel d’espérance de vie n’est lui que de +2 entre la France et la moyenne de l’OCDE. En revanche, là où les Français sont partis à la retraite en moyenne à 59,6 ans, la moyenne de l’OCDE pour cet indicateur et de 63,9 ans.

Inévitablement, cette situation a un coût qui n’est nullement compensé par le montant des prestations versées aux retraités puisqu’il est très élevé en France. Ce surcoût devra donc être répercuté sur quelqu’un, en l’occurrence dans notre pays, sur la population active et les plus jeunes.

Une redistribution, mise en avant par le nouveau président Emmanuel Macron, devrait a minima être à l’ordre du jour. Pour illustrer, si la France dépensait autant que l’Allemagne (en pourcentage de son PIB) pour les retraites, on économiserait l’équivalent du budget de l’Éducation nationale. Voilà de quoi compenser le fait que nous soyons un pays pas si dépensier que cela en ce domaine…

Ce débat est d’autant plus légitime que les retraités français, en plus d’un niveau de pension très élevé et d’une très faible durée de cotisation, bénéficient d’autres systèmes (santé, aide au logement, rente immobilière) qui leur sont particulièrement favorables, là encore une spécificité plutôt française.

Conclusion

La France se caractérise donc par un système de redistribution social totalement inadapté et passéiste, par un double aspect : (1) avec un bénéfice bien trop élevé pour une génération (les baby boomers) et (2) un manque total de pragmatisme dans les dépenses, avec une absence de réflexion sur la mobilité et la formation.

Pourtant, et comme nous le verrons ultérieurement, ces enjeux sont capitaux pour l’avenir de notre pays. Le montant de nos dépenses sociales est déjà très élevé, ce qui empêche toute augmentation en volume, mais impose au contraire un remodelage des dépenses. De plus, la situation géographique de notre pays reste problématique, avec une faible densité de population alors que nous sommes dans un monde qui nécessite une forte concentration géographique des savoirs et des emplois. Là encore notre pays est très largement lacunaire et héritier d’une tradition rurale. Les deux sujets sont liés car une réflexion sur notre modèle social permettrait d’accompagner les évolutions nécessaires, sans qu’elles ne soient imposées et douloureuses pour nos concitoyens.

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