Retrospective : pourquoi je soutiens Jean-Christophe Lagarde

Mon ancien blog n’étant plus en ligne, je mettrai au cours du temps quelques articles que j’avais publié. En premier lieu, j’ai tout naturellement choisi le billet que j’avais écrit pour expliquer mon soutien à la candidature de Jean-Christophe Lagarde pour le Congrès interne de l’UDI, l’année dernière. Bonne lecture !

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La fin de l’année devrait être marquée par un remodelage profond du paysage politique, avec les congrès de l’UMP et de l’UDI qui auront pour sujet de déterminer qui présidera les deux principaux partis de l’opposition gouvernementale. Si la présidence de l’UMP semble acquise à Nicolas Sarkozy (reste la question de l’ampleur de sa victoire), la succession à Jean-Louis Borloo est quant à elle très disputée entre deux candidats : Hervé Morin et Jean-Christophe Lagarde. Plutôt que de faire une tribune formatée et artificielle, l’auteur tenait à livrer un témoignage de soutien « authentique et sincère », au travers de ce portrait, directement adressé aux indécis

Même si la campagne pour la présidence de l’UDI ne rencontre pas un écho médiatique digne de la troisième force parlementaire du pays, celle-ci a permis de révéler certaines lignes de failles dans le parti centriste, en particulier tout ce qui concerne de près ou de loin les rapports avec l’UMP à l’horizon des présidentielles de 2017. C’est entre autres cette problématique qui m’a amené à soutenir la candidature de Jean-Christophe Lagarde, que je suivais bien avant d’avoir adhéré à son parti (fondateur de l’UDI), la Force Européenne Démocrate, en Novembre 2012. Ce mouvement était alors très peu connu, même au sein de l’UDI naissante, et faisait office d’auberge erasmus des centristes, entre anciens du MoDem, du Nouveau Centre, du Parti Radical et de néo-encartés.

Le caractère atypique d’un élu du terrain

Dès cette époque, Jean-Christophe Lagarde se montrait accessible, et très acide dans ses commentaires sur la vie politique française. Dans son dernier livre, Les Hypocrisies Françaises, il dénonce avec abattement et colère les nombreux dysfonctionnements de notre système politique, de la plus petite échelle communale à l’échelle de la France et de l’Europe. Au delà du constat, l’auteur en profite pour distiller tout au long du livre, quelques idées, parfois celles que l’on attend d’un centriste, d’autres davantage iconoclastes. Il faut dire que l’homme, maire de Drancy en Seine-Saint Denis, a su très rapidement se rendre compte de la complexité des problèmes auxquels fait face notre pays et de la stérilité des discours dogmatiques tantôt libéraux, tantôt conservateurs, tantôt socialistes. C’est en étant pragmatique que Jean-Christophe Lagarde a su convaincre les électeurs de Drancy, ville de la petite couronne, de changer de cap après plusieurs décennies de gestion communiste. Aujourd’hui, l’ancien petit militant a beaucoup appris, parfois à ses dépends, des subtilités de la politique française et des nombreux dysfonctionnement de notre système politique, et c’est souvent pour les dénoncer qu’il ne manipule que très rarement la langue de bois, et peut rapidement se montrer cinglant et direct.

Bien souvent, la première impression du public sur Jean-Christophe Lagarde est mitigée, car son image ne rentre pas dans le stéréotype de l’homme politique, centriste a fortiori, notable aux propos travaillés, cette réflexion se faisant souvent au détriment de la spontanéité. Bien au contraire, il se montre souvent excellent et dynamique dans les débats, révolté, maniant souvent l’ironie face à la médiocrité de certains politiques qui se contredisent dans les faits, et qui n’ont souvent pour seule défense que la démagogie. Doué d’une bonne répartie et d’un sens de la formule parfois très affûté, il n’hésite pas à remettre en place les robinets d’eau tiède et autres spécialistes de la langue de bois. Ce sont ces traits de caractères originaux qui font que Jean-Christophe Lagarde est parfois vu comme clivant par ses opposants au centre, qui ne savent pas vraiment comment se confronter et se positionner face à un centriste aussi atypique.

Il faut dire que l’intéressé a multiplié dans sa carrière politique les prises de position iconoclastes, souvent à contre-pied de son camp politique.

Des idées loin des stéréotypes pour un centriste

C’est le terrain européen qui illustre le mieux toute l’originalité du parcours de Jean-Christophe Lagarde. Dès 2003, il est le seul député français (1) à voter contre l’élargissement de l’Union Européenne aux 10 états de l’Europe de l’est, jugeant que cela affaiblirait l’Europe politique et la transformerait en grand marché économique et financier sans politique crédible derrière. Lors du référendum de 2005, il est l’un des seuls parlementaires UDF à faire campagne pour le « non » jugeant là encore que le texte, dénaturé sous la pression des eurosceptiques (Tony Blair en tête) et des eurotièdes (emmenés par Jacques Chirac et Gerhard Schröder) allait enterrer l’idée-même de politique européenne forte et faire la part belle aux théoriciens du grand marché unique, ouvert sans restrictions au service du dessein hasardeux d’une croissance dopée par la levée des barrières.

Bis repetita en 2008 lors du vote pour le traité de Lisbonne où, là encore, Jean-Christophe Lagarde est l’un des rares parlementaires centristes à voter contre, estimant que ce passage en force qui contredit le vote de 2005 sera contre-productif et que le jeu n’en vaut pas la chandelle pour un texte encore plus eurotiède que le traité constitutionnel rejeté par les français.

Au delà des questions européennes,le député-maire de Drancy s’est particulièrement distingué sur les questions de société, par exemple en se positionnant dès le milieu des années 2000 en faveur du mariage homosexuel, position relativement marginale à l’UDF de l’époque.

Un choix pour l’avenir du centre

Si beaucoup soupçonnent Jean-Christophe Lagarde d’avoir des ambitions présidentielles, c’est justement parce que son corpus idéologique figure parmi les plus complets et matures du paysage politique français et que son parcours, qui l’a vu passer de militant à un des élus les plus importants d’Île de France, lui a conféré un certain talent à nouer des alliances et à développer sur le terrain un réseau d’élus le rend particulièrement dangereux pour des concurrents souvent bien décidés à le ceinturer, d’autant que l’intéressé a toujours fait mystère de ses projets sur la scène politique nationale.

Aujourd’hui confronté à Hervé Morin dans un second tour crucial pour l’avenir du centre, la candidature de Jean-Christophe Lagarde présente des intérêts qui ne sont pas à négliger, compte tenu du contexte politique actuel. En effet, bien qu’il n’ait pas la notoriété de son challenger, le parcours politique et le côté très terre-à-terre du maire de Drancy, ainsi que son talent oratoire et sa rhétorique acide le rendent plus en capacité de répondre au mal centriste sous la Vème république : son incapacité à présenter des présidentiables crédibles, problème dont les effets sont encore plus pervers avec le quinquennat puisque sans présidentiable crédible, un parti politique peut désormais plus survivre durablement. Plus concrètement, notons par ailleurs qu’il ne s’agit pas forcément de présenter un candidat à l’élection phare du pays, mais plutôt d’avoir un candidat hypothétique qui maintienne une bonne allure dans les études d’opinion, paramètre aujourd’hui capital dans les rapports de force au sein de notre société médiatique, qu’il s’agisse d’exposition médiatique ou de jugement de compétence ou de capacité à gouverner de la part de l’opinion.

Incontestablement, le choix de Jean-Christophe Lagarde présente une prise de risque : plus de notoriété aurait été rassurant. Cependant, dans un contexte politique marqué par la droitisation de l’UMP, le désenchantement européen, l’explosion de la société française et le basculement progressif d’une grande partie de la jeunesse vers des idées réactionnaires, l’heure n’est plus à l’auto-satisfaction d’un centre dans son rôle de force d’appoint et de parti de notables. Il est temps qu’il y ait un parti dans notre pays qui offre des perspectives nouvelles et un corpus idéologique qui concilie les valeurs centristes avec la réalité de notre société. Le pragmatisme ne veut pas nécessairement dire l’adoption d’idées incompatibles avec nos valeurs, mais il peut nous permettre d’avoir un discours audible et crédible, afin que les électeurs prennent confiance et s’intéressent enfin à des idées qui, par la conjugaison de leur modération et de leur intelligence, feront de la France un pays qui aura enfin un avenir à offrir à ses citoyens.

(1) : les deux autres députés ayant « voté » contre, Bruno Bourg-Broc et Roland Chassain ont indiqué avoir voté contre par erreur (voir note en pas de page)

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